Biodiversité. Dans l’île de Fuerteventura aux Canaries, la réintroduction des tortues marines est devenue un enjeu majeur. Tant et si bien que l’expérience de Kélonia intéresse à l’autre bout du globe.
Kélonia, l’observatoire des tortues marines basé à Saint-Leu, a participé à la 8e Conférence Atlantique de l’Environnement qui s’est déroulée fin avril dans l’île de Fuerteventura aux Canaries. Différents experts internationaux ont présenté les programmes de conservation des sites de pontes de leurs pays. Cette île, la plus à l’est de l’archipel espagnol, était idéale pour évoquer ces enjeux. Et pour cause, ici un projet, baptisé Proyecto tortugas, vise à réintroduire une espèce (Caretta caretta) disparue de l’île depuis un demi-siècle. Financé par l’Union européenne dans le cadre du dispositif Life, le programme récupère des œufs dans des nids voués à la destruction (trop proches des vagues) au Cap Vert. Ils sont ensuite transportés pour les mettre en incubation sur une plage du sud de Fuerteventura ou dans des incubateurs de Grande Canarie. Les tortues revenant pondre sur leur plage de naissance, scientifiques et élus espèrent que les tortues reviendront s’y reproduire une fois la maturité sexuelle atteinte. “Dans ce projet les intérêts scientifiques et économiques se rejoignent, note Stéphane Ciccione, directeur de Kélonia. La promotion de Fuerteventura utilise déjà la tortue marine comme argument commercial pour se singulariser des autres îles des Canaries et attirer les touristes voulant pratiquer un tourisme durable”. Fuerteventura souhaite préserver ses kilomètres de plages et ses paysages semi-désertiques. Cependant, cet environnement préservé a besoin d’espèces phares qui peuvent en être les porte-drapeau. La tortue marine a été retenue.
Un partenariat liant les deux îles
Mais, la réintroduction, un genre de programme relativement rare de par le monde, est un projet à long terme. En effet, l’âge de maturité sexuelle de cette espèce est de dix ans ou plus. Kélonia a présenté quant à elle son programme de réhabilitation des plages de ponte à La Réunion. Ce projet consiste à détruire les pestes végétales (zépinard et prosopis) qui ont envahi le haut de plage de la Pointe des Châteaux, pour planter des veloutiers, espèce indigène du littoral de la Réunion où elle est devenue très rare. “Depuis 2004, c’est au pied de ces veloutiers que plusieurs femelles de tortues vertes sont venues déposer leurs œufs”, note Stéphane Ciccione. Ce qui apporte de l’eau au moulin de la théorie de la “plume olfactive” qu’utiliseraient les tortues marines pour leur navigation à moyenne et courte distance. Il s’agit des odeurs générées par les terres, donc provenant principalement de la végétation, qui sont entraînées par les vents à la surface des océans. Les tortues perçoivent ces odeurs et pourraient ainsi remonter vers les plages favorables à la ponte. Luis Felipe Jurado Lopez, professeur à l’Université de Grande Canarie et promoteur du projet de Fuerteventura, souhaite créer un projet commun Canaries/Réunion visant à favoriser les échanges d’expériences et à les valoriser pour établir des protocoles sur la réhabilitation des habitats et des populations de tortues marines. Cette île veut également s’appuyer sur l’expertise de Kélonia sur les techniques de maintien des tortues en bassins. Celles-ci permettant de relâcher des spécimens d’une taille et d’une croissance plus importantes. Autant de facteurs permettant d’accroître la réussite du projet de Fuerteventura.
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