Si des tortues marines sont encore visibles au large des côtes mauriciennes, nos plages n’accueillent que très rarement leur ponte. Pendant les 20 dernières années, seuls quatre cas de ponte ont été enregistrés, notamment à Gris-Gris, La Cambuse et l’île Plate. Maintenant une ONG, Community-Centred Conservation (Conservation centrée sur la communauté ou C3), essaie de comprendre pourquoi elles ont abandonné nos plages et, surtout, comment les inciter à revenir.
« Nous faisons de la recherche et de la conservation marines. Nous travaillons aussi bien au niveau de la communauté qu’aux niveaux national et international. Nous avons entamé une étude sur l’histoire des tortues à Maurice, les problèmes de captures accidentelles liées à la pêche et sur l’habitat marin. Cette étude, qui devrait durer six mois, identifiera les priorités en matière de conservation. S’il existe des actions générales qui s’appliquent à tous les pays, il est très important de les examiner au cas par cas. A Maurice, par exemple, il est essentiel de regarder les causes historiques derrière le déclin de la nidification afin d’utiliser les fonds aussi efficacement que possible », explique la directrice de cette ONG britannique à but non-lucratif, Patricia Davis. Cinq espèces de tortues marines occupent la région occidentale de l’océan Indien, mais seules deux - en l’occurrence la tortue verte et la tortue imbriquée - fréquentent les eaux mauriciennes. Elles arrivent généralement en provenance de Saint-Brandon et des bancs de Cargados Carajos, dans la Zone économique exclusive (ZEE) mauricienne. La tortue verte, qui peut atteindre 200 kg, se nourrit d’herbiers marins alors que la tortue imbriquée, reconnaissable à sa tête étroite et à son long bec, est friande d’éponges et de crustacés.
On sait très peu de choses sur les raisons qui ont poussé les tortues à fuir Maurice. Mais les causes potentielles sont légion. Braconnage, captures accidentelles liées à la pêche, pollution, urbanisation du littoral et perturbation de leur habitat sont autant de menaces qui pèsent sur ces créatures.
Si elles passent le plus clair de leur vie à sillonner les mers, les tortues, qui ne deviennent sexuellement actives qu’à partir de l’âge de 15 ans, reviennent à terre pour pondre lors de la nidification. En effet, une tortue peut voyager des milliers de kilomètres pour retourner à la plage où elle est née afin d’y déposer ses œufs. Pour la ponte, elles creuse un trou avec ses nageoires arrières dans lequel elles dépose ses œufs (en moyenne 110 pour la tortue verte et 160 pour la tortue imbriquée). Ceux-ci sont blancs, ronds et mous. L’incubation dure entre deux et trois mois, dépendant de la plage, du climat et de la période de l’année.
L’éclosion des œufs est suivie d’un sauve-qui-peut général en direction de la mer. Pour cause, les juvéniles sont alors vulnérables aux attaques d’oiseaux, de cochons, de chiens, de rats et de crabes. Même l’océan n’est pas de tout repos car des poissons affamés y rôdent. Pour toutes ces raisons, il est estimé que seule une tortue sur mille arrive à l’âge adulte !
Les cinq espèces de la région ouest de l’océan Indien ont été inscrites sur la Convention du commerce international des espèces menacées d’extinction (CITES) qui interdit le commerce international d’espèces en voie de disparition. A Maurice, elles sont également protégées par le Fisheries Act de 1980.
Il faut aussi rappeler que Maurice a signé l’Indian Ocean - South East Asian Marine Turtle Memorandum of Understanding. Ainsi, les autorités s’engagent à coopérer avec les autres pays de la région et à recueillir des informations sur, par exemple, les captures accidentelles liées à la pêche et les recensements des populations.
Une fois terminée, l’étude de C3 permettra d’en savoir bien plus sur ces magnifiques reptiles marins et surtout pourquoi ils ont été forcés d’abandonner nos plages. De ce fait, on arrivera peut-être un jour à faire en sorte que Maurice redevienne un lieu de ponte attractif, ce qui serait un atout touristique de taille.
De plus, C3 mène des campagnes de sensibilisation auprès des pêcheurs, hôteliers et plongeurs sous-marins pour les informer de la nécessité de protéger ces animaux. Leur réaction a été positive.
Un autre fait encourageant a eu lieu à Gris-Gris au début de l’année. Dès que les habitants ont réalisé qu’il s’agissait d’une ponte, ils ont tout de suite averti les autorités. Cela a permis de prendre les dispositions nécessaires pour que la tortue puisse pondre en toute quiétude. Peut-être même qu’elle en a parlé à ses sœurs.
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