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Association Bwära tortues marines

par B.M - le 27 décembre 2006

C’est une première en Nouvelle Calédonie. A Bourail, des militants de la toute jeune association Bwära tortues marines posent des cages sur chaque nouveau nid pour protéger les œufs du tourisme de masse et des chiens prédateurs. Pollution, braconnage, pêche industrielle : en moins de cinquante ans, 90 % des tortues « grosse tête » ont disparu de la planète. A ce rythme, elle n’existera plus qu’en peluche ou en poster.

100 millions d’années. C’est le temps qu’auront attendu les tortues pour bénéficier, enfin, d’un service de néonatalogie mis en place par les humains inquiets de leur disparition.

A Bourail, depuis mi-novembre, début de la saison des pontes, des bénévoles insomniaques d’une toute jeune association, (Bwära tortues marines), arpentent dès 21 heures la plage en arc de cercle de la Roche Percée. Même quand la lune est économe, ils savent lire au loin les larges sillons que tracent les femelles jusqu’à leur lieu de ponte. Cette nuit-là, ils ont discrètement observé une tortue « grosse tête » traîner ses 150 kilos jusqu’en haut de la plage, creuser son nid à cinquante centimètres de profondeur et pondre sa centaine d’œufs, gros comme des balles de ping-pong. Puis ils l’ont baguée, mesurée, lui ont même trouvé un sobriquet. Avant la fin février, « Juju » reviendra pondre à quatre reprises. Un effort dantesque mais insuffisant pour assurer sa descendance. Il faut qu’une femelle ponde mille œufs pour espérer voir un de ses rejetons devenir trentenaire, l’âge de la maturité sexuelle. Les hommes, les animaux, les prédateurs, la pollution ou la pêche industrielle ont réussi leur travail de sape : 90 % des tortues caouanne ont disparu. La légende, qui à Bourail vaut toutes les archives, prétend que les soldats US basés en 1943 avaient comptabilisé 10 000 tortues. L’an dernier, on avait recensé 150 nids. Dont un grand nombre furent pillés par les chiens. Un véritable carnage. Sur le terreau de la colère et de la désolation, une poignée de résidents créèrent Bwära tortues marines. Pour dire « plus jamais ça » et prendre des mesures.

Ils sont trois, Patrice, le président, Manu, le trésorier, et Dominique, le secrétaire, à avoir assisté en 2005, impuissants, au massacre des œufs et des bébés tortues. Les touristes, de plus en plus nombreux (trois sur cinq viendraient à la Roche Percée) piétinent sans le savoir les œufs dont la putréfaction attise la gourmandise des chiens quand elle ne pollue pas le reste de la couvée. Les militants de Bwära (« tortue » en langue ajié-aro) ont imaginé des plans de cages protectrices, pratiquement uniques au monde. Ce sont les salariés du futur aquarium de Nouméa qui les ont construites, sur leur temps libre. Depuis la première ponte de mi-novembre, chaque petit matin, les yeux cernés par les nuits de repérage et de guet, les militants des tortues deviennent des géomètres de hasard. Avec la minutie de l’archéologue, ils fouillent délicatement dans le sable pour détecter les nouveaux nids (larges comme une assiette) et les recouvrir de leur bouclier protecteur. C’est (a priori) 58 jours après la ponte que naissent les tortues. Chaque cage, consignée sur un tableau informatique, est sous la surveillance des bénévoles de l’association. Charge à eux, dès le moindre signe d’éclosion, de libérer les bébés de leur cage. Dans trente ans, après un long périple qui les conduira jusqu’en Nouvelle-Zélande, voire jusqu’au Chili, les femelles reviendront pondre, selon un incroyable scénario, à Bourail, sur la plage de leur naissance. A condition, évidemment, que Dieu, les hommes et les chiens les épargnent davantage.

Repères
• 50 tortues bientôt dotées d’un radar 50 bébés tortues qui vont naître bientôt à Bourail vont être confiés à l’aquarium de Nouméa, qui les élèvera pendant deux ans et les relâchera après les avoir dotés d’une balise. On connaîtra alors exactement le périple effectué par ces infatigables migrateurs. On est convaincu que les tortues nées à Bourail vont vivre en Australie, Polynésie, Nouvelle- Zélande, le baguage entrepris par l’ASNNC depuis 89 à Entrecastaux le confirme. Mais l’hypothèse d’une migration jusqu’au Chili est à confirmer.
• Le sable et le sexe C’est la chaleur du sable et du nid qui détermine le sexe des tortues. Plus le nid est chaud, plus est élevée la probabilité de naissance de femelles.
• Une loi de plus en plus sévère S’alignant sur la Province nord, la Province sud a, le 13 juin 2006, interdit la capture, toute l’année, d’œufs et de tortues, sauf pour raisons scientifiques et coutumières. Les contrevenants risquent une amende d’un million de francs.
• Si vous souhaitez être bénévole « On a créé une belle dynamique, ce serait dommage de la casser par manque de bras », dit-on à l’association bouraillaise Bwära tortues marines. Si vous souhaitez aider l’association dans son travail de baguage, de recensement des nids et de pose de cages, inscrivez-vous auprès de l’Association pour la sauvegarde de la nature calédonienne, 12, bd Vauban, à Nouméa. Tél. : 28 32 75. On peut aussi adhérer à Bwära tortue marines. La cotisation annuelle est de 1 000 francs. Mail : bwara-tortuesmarines@caramail.com Et si vous ne voulez être ni bénévole ni membre cotisant, le meilleur moyen d’aider les militants de Bourail est de rester chez vous. Les sites de ponte, ce n’est pas Disneyland. Le moindre mouvement, le moindre flash fait fuir les tortues pondeuses.

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