Le Figaro – Environnement : Trois tortues luth échouées sur les côtes françaises.

Les tortues luth de l'Atlantique pondent leurs œufs sur des plages des Caraïbes et de Guyane.
Les tortues luth de l’Atlantique pondent leurs œufs sur des plages des Caraïbes et de Guyane. Crédits photo : USFWS

INFOGRAPHIE – Malgré trois corps retrouvés ces derniers jours sur des plages françaises, la population de tortues luth qui sillonnent l’Atlantique se porte très bien.

En quelques jours, les corps de trois grosses tortues luth (jusqu’à 1,80 m de long et 200 kg) ont été retrouvés sur les côtes atlantiques: en baie de Somme, sur une plage du Pas-de-Calais et à Saint-Palais en Charente-Maritime.

Une mauvaise nouvelle qui ne doit pas obérer la bonne: si globalement l’espèce est classée par l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature) en «danger critique d’extinction», cela est surtout dû aux populations du Pacifique. «Les populations de tortues luth en Atlantique se portent très bien. Leur nombre est en augmentation depuis une dizaine d’années», précise Jean-Yves Georges, chercheur CNRS au département d’Écologie de l’IPHC (Institut pluridisciplinaire Hubert Curien) de Strasbourg. «Cela pourrait s’expliquer par plusieurs choses: les tortues luth se dispersent plus dans l’Atlantique que dans le Pacifique réduisant les risques de captures accidentelles par les pêches industrielles qui sont par ailleurs moins abondantes en Atlantique que dans le Pacifique», poursuit le scientifique. «La nourriture est également plus abondante dans l’Atlantique. Ce peut-être également le fruit des actions de conservations», ajoute-t-il.

Des prélèvements sur les corps des animaux ont été effectués et adressés auCESTM (Centre d’études et de soins pour les tortues marines) à La Rochelle. De quoi obtenir des informations sur l’âge, le poids, le sexe des animaux et si possible la raison de leur mort. «Sans que l’on puisse établir systématiquement un lien de cause à effet, on a retrouvé du plastique dans l’estomac de la moitié des tortues autopsiées jusqu’à présent», précise Pierre Morinière, le responsable du CESTM, mais il peut également s’agir d’accidents liés à la pêche.

Observation des tortues luth près de La RochelleSi les tortues luth mâles restent sur les côtes américaines, les femelles traversent l’Atlantique et passent le long de nos rivages en cette période de l’année. «Une fois leurs œufs pondus (tous les deux ou trois ans) sur certaines plages des Caraïbes ou de Guyane, elles se lancent dans une grande migration toujours dans le même sens. Elles frôlent les 50°, 52° Nord avant de redescendre vers nos rivages plus au sud et de recommencer la boucle qu’elles peuvent effectuer plusieurs fois d’affilée avant de retourner sur leur lieu de ponte», raconte Jean-Yves Georges.

Une chose est sûre: les tortues luth ne sont pas cantonnées à certaines régions. On en trouve dans tous les océans, y compris dans les eaux froides «à l’exception des pôles», poursuit le spécialiste qui suit leur reproduction en Guyane. Le spécimen retrouvé en baie de Somme, une femelle, était équipé d’une puce d’identification ce qui permettra de reconstruire précisément son parcours. Sur les côtes françaises, la tortue luth est principalement recensée entre l’île de Ré et la côte (des Sables-d’Olonne à La Rochelle). Elle y trouve en abondance son mets préféré: les méduses.

«Au milieu des années 1990 on a eu quelques alertes avec une forte augmentation de ces animaux marins retrouvés morts sur nos plages, jusqu’à 60 en 1996», raconte encore Pierre Morinière. Mais depuis le nombre de tortues échouées est d’une dizaine par an. Il est en revanche beaucoup plus plaisant de les voir en mer. Tout un chacun peut s’il le souhaite devenir pour le compte du CESTM ou du CRMM (Centre de recherche sur les mammifères marins de l’université de La Rochelle) «observateur de l’Atlantique» et recenser, outre les tortues, les cétacés, les poissons-lunes ou encore les requins-pèlerins. Autant d’indicateurs du bon état écologique des océans.

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